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  • : Expression poétique / Inédits / Chronique littéraire et sociale / Extraits: Le Temps perpétuel; Sanctuaire du temps (AR); Sérail; Verdict ; Insolent
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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 15:56
Des jardins de jadis

J’ai toujours accordé une grande importance aux lieux qui, contrairement aux humains, sont perpétuels. Le temps nous traverse dans un éclair pour continuer son voyage perpétuel vers un infini qu’aucun humain n’a su définir. J’ai choisi depuis quelques années de mesurer notre furtive et ô combien futile existence face à l’immense solitude du temps, tout en essayant de célébrer, faudrait-il bien une quelconque consolation, le temps perpétuel propre à chacun de nous, voire mon propre temps perpétuel. Avec l’écoulement du temps, surtout les moments de bonheur qui s’empresse de partir, je fus toujours heurté par cet indicible lien qui lie l’art dans son accomplissement à la beauté que l’humain essaie de créer pour se perpétuer dans le temps infini, comme quoi Michel Del Castillo n’a jamais été plus juste qu'en affirmant que depuis les pyramides, les hommes n’ont de cesse de dresser des livres entre eux et la mort. Je me suis alors demandé pourquoi donc mourir quand  goûter à l’art ou le concevoir sous le prisme de la beauté nous permet de vivre ou de revivre ce que nous avons de plus précieux: le temps. Je dois néanmoins avouer que le concept de la Beauté est devenu une denrée si rare à notre époque défigurée par la bêtise, la vulgarité et l’avidité. Une époque malade d’une morbide métamorphose érigée en principe de survie. Nous sommes sommés d'évoluer, de changer,  de s’adapter, toujours s’adapter, à tout prix, suivant le diktat de l’époque où nous sommes tous devenus des étrangers les uns aux autres, tout en prétendant le contraire.

Vient alors le rôle des lieux dans une vie. Nous serons toujours marqués par des lieux qui nous sont aveugles, sourds mais jamais muets. Nous sommes nés pour être marqués par des lieux qui nous donnent des bribes de savoir, à commencer par celui de notre finitude. Quant à nous, nous passons d'une dimension à une autre et nous ne donnons rien ou presque.

Une fois entouré par l’indicible beauté des jardins du Généralife, à Grenade, un miracle se produit, quand l’ombre vient atténuer les dernières empreintes du soleil sur le jaillissement perpétuel de l’eau, rythmé par le silence de l'instant, du non temps indéfinissable, dans ce paradis figé dans l'esprit des humains, cernés, eux, par la finitude. La beauté, quant à elle, est infinie. Elle transcend la description. Perpétuelle, elle poursuit son voyage dans son temps perpétuel.

———

 

Alex Caire

Extrait
Le Temps perpétuel

Horus Éditeur- 2021

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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 13:00

Fleur de Bray et Thu Le chantent Aranjuez

Je me permets, aujourd’hui, de m’inspirer du titre de l’écrivain français Philippe Sollers, auteur de Casanova l’Admirable (i), pour prendre la mesure de ce que représente Joaquin Rodrigo (ii) (1901-1999) dans la plus admirable de ses qualités, la générosité qui confirme l’érudition de son expressivité musicale. 

 

Si l’Espagne et le monde célèbrent cette année le vingtième anniversaire de sa disparition, j’aimerai rappeler deux créations au coeur de l’œuvre musicale de Rodrigo qui sont tout simplement de grands moments de l’histoire musicale mondiale. A cette fin, je demande à mes amis du cercle intime du compositeur de bien vouloir m’interpeller si une quelconque confusion de détail se fait jour. Dans ces deux cas précis, des souvenirs personnels et émotionnels sont intervenus; ce qui pourrait affecter l’exactitude temporelle des faits, bien que j’en doute fort.

 

J’ai découvert Rodrigo à l’âge de 19 ans, mais je ne savais pas que sa musique allait changer ma vie. Je me rendais tous les samedis à Columbia House qui fut le plus grand disquaire d’Alexandrie, m’enquérir des nouvelles sorties. C’était souvent un prétexte pour écouter de la musique et discuter avec la responsable du magasin qui maniait un français parfait. J’avoue que la fréquence de mes visites a fini par intriguer cette dame courtoise qui commença à s’intéresser à mes observations. Un samedi après-midi, une fois le sujet du fameux Concierto de Aranjuez (iii) abordé, elle me présenta, avec un sourire convenu, une cassette qu’elle venait de recevoir, le Concierto de Aranjuez, joué par le grand harpiste Nicanor Zabaleta (iv). Elle m’affirma que Zabaleta a enregistré cette version chez EMI en 1973. Nous étions en 1974. Je n’ai pas hésité une seconde à acquérir cette précieuse trouvaille. Et voilà que s’ouvrait devant moi une dimension inattendue de l’œuvre de Rodrigo. Je fus étonné de découvrir comment la harpe sous l’impulsion de cet illustre harpiste a su donner à Aranjuez cette dimension profonde voire étrange, une émotion toute différente de l’effet attendu de la guitare (talent du guitariste mis à part). J’avais l’impression d’écouter deux immenses guitares se partager les notes du célèbre ouvrage. Deux guitares qui s’interpellent dans la nuit au fond d’une forêt silencieuse. 

Zabaleta le magnifique

Zabaleta le magnifique

Quelques années plus tard, Rodrigo créa en 1978 le Concierto Pastoral (v) pour le flûtiste James Galway (vi). Connaissant Galway et son répertoire, cette création m’intrigua. Rodrigo avait jusque là l’habitude de confier le rôle de soliste, au moins dans ses œuvres “andalouses” (vii) à des instrumentistes latins. Cette œuvre est d’autant plus surprenante que Galway lui-même avait demandé à Rodrigo en 1974 la permission de jouer Fantasía para un gentilhombre (viii); ce qu’a fait Rodrigo avec grâce. Cela signifie que dans tous les passages où intervenait la guitare dans la Fantasia, œuvre majeure de Rodrigo, la guitare cédait sa place à la flûte vive de Galway. Il m’a fallu écouter deux fois de suite la Fantasia dans sa version originale puis dans celle dédiée à Galway puis le Concierto Pastoral, trois fois d’affilée, pour comprendre l’étendue de cette admirable qualité de Joaquin Rodrigo, la générosité audacieuse. Je ne fus pas surpris par la suite de ne jamais voir ou écouter se produire le contraire: un Concierto Pastoral joué par une guitare solo à la place de la flûte. Mais cela restera un des mystères de Rodrigo, l’Admirable. 

Galway joue Rodrigo

———
(i)  Casanova l'Admirable, Philippe Sollers, Plon-1998;
(ii) Joaquin Rodrigo Vidré (1901-1999), illustre compositeur espagnol et premier Marquis des Jardins d'Aranjuez;
(iii) Concierto de Aranjuez (1939), oeuvre universellement connue et imitée, mais jamais égalée, de Rodrigo. Elle demeure cependant l'arbre qui cache une forêt d'oeuvres qui font date dans l’histoire musicale de l'humanité; 
(iv) Nicanor Zabaleta (1907-1993), harpiste espagnol de renommée mondiale à qui Rodrigo dédia son Concierto Seranata, conçu en 1954;
(v) Concierto Pastoral, oeuvre de Rodrigo conçue en 1978 et  dédiée au flûtiste James Galway;  
(vi) James Galway, né en 1939, illustre flûtiste irlandais et mondialement connu pour avoir joué sous la direction de Herbert Von Karajan, pour l'Impératrice du Japon et avec les Pink Floyd;
(vii) "Oeuvres andalouses" est un terme strictement personnel de l'auteur de ces lignes; terme qui désigne une deuxième étape majeure de l'oeuvre de Rodrigo, qui a commencé avec Fantasia para un gentilhombre en 1954 et qui inaugura une ouverture accrue vers les sonorités chaudes de l'Andalousie, notamment la guitare, par opposition à ses "oeuvres castillanes", initiées au début de sa carrière et marquées par l'influence du piano et du violon, suggérant une ambiance académique grave et mesurée. La période "andalouse" de Rodrigo est la plus riche et la plus exubérante. Le Concierto de Aranjuez (1939) fut le trait d'union historique entre ces deux étapes;   
(viii) Fantasia para un gentilhombre est une oeuvre majeure de Rodrigo, signifiant le début de "sa période andalouse" qui a culminé avec le remarquable Concierto Andaluz et le Concierto Madrigal en 1967 et qui s'est poursuivie, entre autres oeuvres, avec l'intense et poétique Concierto para una Fiesta, conçu en 1989. 
———
Alex Caire 
Extrait
Le Temps perpétuel - 2019 

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 16:00
Blade Runner 2049 ... Un miracle se répèterait-il deux fois ?
 
Nul ne peut savoir combien de fois Denis Villeneuve a-t-il pu voir Blade Runner de Ridley Scott (1982), et dans quelle version tant cette œuvre a mystifié et le public et les critiques par le nombre de versions différentes quant au montage final du film (Director's Cut) et surtout sa fin. Cela étant, l'œuvre de Ridley Scott a été nommée à plusieurs reprises meilleur film de SF de l'histoire de cinéma, une des meilleures productions cinématographiques du XXème siècle, et j'en passe. Certains critiques sont même allés jusqu'à affirmer qu'il y aurait un cinéma avant et un autre après Blade Runner. 
 
Comme pour toutes les œuvres icônes de leur temps, aucun autre film n'a jamais offert, par la suite, pareille notoriété à la majorité de ses acteurs de premier plan: Rutger Hauer, le fameux Nexus 6, Roy Batty, devenu icône du mouvement cyberpunk dans les années 82/92. Sean Young, Rachel, le "business","plus humain qu'humain",voire (la sirène) Daryl Hannah (Qui se souvient du clin d'œil de Tarantino à Blade Runner dans la scène finale de Kill Bill 2 entre Daryl Hannah et Uma Thurman?); sans citer la pléthore d'acteurs et d'actrices que Blade Runner a fait briller de mille feux pour ensuite laisser sombrer dans un oubli quasi  total. Qui se rappelle aujourd'hui de la délicieuse Salomé, alias Zhora,alias Joanna Cassidy et notamment de deux des plus fameuses gueules du film: l'inoubliable Hy Pyke dans le rôle de Taffey Lewis et l'inflexible Joe Turkel dans le rôle du Docteur Eldon Tyrell ? Même Harrison Ford évita à plusieurs reprises de parler de son rôle dans ce film. Curieuse destinée d'un chef-d'œuvre qui perpétue les controverses depuis 35 ans. C'est que Blade Runner ne ressemble à aucune œuvre antérieure mais influença des dizaines d'autres au fil des années, au point que des milliers de fans retiennent leur souffle cette semaine en attendant Blade Runner 2049 qui sera projeté partout en Europe et dans le monde. Un miracle pourrait-t-il avoir lieu deux fois, 35 ans après ?
 
Et après ....
Comme Ridley Scott n'avait jamais oublié ses difficultés de 1982 avec ses producteurs, il lança en 2015 le projet de produire Blade Runner 2049. Et comme pareil projet porta son propre lot de rebondissements, Vangelis, l'auteur iconique de la musique du film de 1982, déclina tout naturellement l'offre de composer celle du film de 2017. "On ne fait pas le même enfant deux fois", déclara-t-il en toute simplicité. Hans Zimmer, Benjamin Wallfisch et Flying Lotus  porteront le flambeau de la toile sonore. Tiendront-ils le pari?. Seul rescapé de marque de Blade Runner, Harrison Ford (75 ans), ré-endosse son rôle d'ex-policier traqué et vieillissant aux côtés de Ryan Gosling, le nouveau officier K et Blade Runner (Junior). Comment résister au plaisir de retrouver le mystérieux policier germanophone Gaff, Edward James Olmos, qui fait un caméo furtif, origami compris, dans Blade Runner 2049?
 
61021...
Des chiffres qui se révèlent chargés de sens dans un film qui part dans tous les sens, à part celui de rendre hommage à son aîné, sorti il y a 35 ans.
 
À la question existentielle que pose le titre de cet article, la réponse serait non. Non, un miracle ne peut avoir lieu deux fois et Blade Runner restera le film phare de science fiction de tous les temps; bien que (et la liste des "bien que" pourrait être longue). Oui, Blade Runner 2049 est une œuvre remarquablement conçue et réalisée: image soignée à l'extrême, concept visuel digne d'un grand disciple de Ridley Scott, casting riche de talents, toile sonore bien travaillée bien qu'elle manque d'âme et n'arrive pas à la cheville de celle de Vangelis qui a conçu la musique du premier opus, décors grandioses où respirent l'espace et la perspective dramatique de l'action. Reste l'intrigue qui déroute le spectateur, peut-être à dessein. On ne sait où mène cet enchaînement de liquidation successive des protagonistes et dans quel but. Les Répliquants ont-ils décider d'en finir avec les humains? Pourquoi cette collusion suspecte entre la Police de Los Angeles et Luv (Sylvia Hoeks), tueuse de Niander Wallace (Jared Leto), patron mégalo de Wallace Corporation, acquéreur de Tyrell Corporation, et pourquoi Luv cherche à tuer K/Gosling à la fin du film?. Et surtout, que fait Rick Deckard/Harrison Ford dans cette tragédie grecque, à part partager une scène émouvante avec Rachel/Sean Young, maquillée à l'identique de 1982, indéniable prouesse esthétique?. On ne sait pas pourquoi on traque le vieux Blade Runner. Incompréhensible non plus ce que fait Hiam Abbass dans ce film, à part ajouter une note exotique à la rébellion des Répliquants. Que de mystères restent entiers !
 
La plus grande part de lumière de cette œuvre réside dans l'hommage appuyé, voire somptueux, au film de Ridley Scott, surtout la scène finale qui reprend tel quel  le thème "Tears in Rain" de Vangelis ... N'avait-t-il pas raison d'affirmer qu'on ne fait pas deux fois le même enfant ?!

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Blade Runner 2049 (2h44')

Film de Denis Villeneuve (2017), sur les écrans du monde et bientôt sur tous supports

Blade Runner 2049 ... Un miracle se répèterait-il deux fois ?

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 20:12
 
 
نحت الله جسدك
بسكين من نار 
وجليد 
 
 
توقفت يده 
عند منتهي تكوينك ...
ليبدأ عصر جديد 
من الحسن
 
غير ذاك الذي الفته
 
حسن غير ايل للزوال 
 
صمم الله ثناياك
ثم رمي بسكينه الناري 
في اعماق محيط قصي
 
ولم يدر 
وعله أراد
في علا رحمته 
 
ان يستقر هذا النصل 
بعد سفًره الطويل 
في قلبي المكبل بالذكريات 
 
 
ابدع الله جسدكً
لكن ...
ما يخفي هذا الجسد
الذي طالما أغري 
رجالا ...
 صبيةً، شيوخًٌ ام فتيان؟ 
 
فما جسدك الا إعصار 
يسري 
 كزوبعة تدهش الابصار
 
قناع بديع
يذهل قلوبا وأذهان 
 
كمً أغري 
يا تري 
هذا الغطاء من السحر والجلد 
ألوفا من المجاذيب مثلي ؟
 
كم تغني بعشقكًً 
مجنون
مثلي
قطع الزمن 
في الوهم والانتظار؟ 
 
عله شاعر اخر ...
آدم اخر ...
يحلم ببهاء الجسد 
واكتمالات الداءرةً*
 
أفاض آدم 
في تنصيب الجسد 
اميرا علي مملكةً البشر 
بينما حار آدم 
وحرنا معه
في تصريف 
"قارورة الروح" **...
 
عشنا معه أمل 
ان يكتمل تراب الجسد 
بنور الروح 
 
تهنا معه
بين سراديب الجسد 
 
ورجعنا منهكين 
فلم نبلغ ...
وما كنّا بالغين 
 رياض الروح 
 
قد تنهار قصائد آدم    
وملايين من بديع تورياته 
اذا راكٌ
 
اذ تغير منكً
التوريات،
وينحسر المعني
بل يسكت الكلام  
عند لقياكً
 
هذا الأدم ...
ايكون احمق مثلي 
يحلمً بدائرة البهاء والاكتمال ؟
 
غير ان خصركً يغنيه 
ويغنيني
عن الف اكتمال 
 
يا من اسبغ الله عليك  
معني افرد من الجمال 
 
أتلمس شفتيك 
-علامتي تعجب بين الصمت والسهر -
عَل قبلة هنا  
او لمسةً هناكً
تنير لي طريقا الي روحك 
المسيجة بأريج الغموض 
 
ابدع الله صنعكٌ
ورماكً تحديا بين بشر 
قد يعشقوا الجسد 
ويخفقوا حتي ابد الدهر 
في محال وصف الروح 
 
لامفر من روح ابديةً
لجسد زاءل 
ولو تحدي كل 
صور الزوال
 
يا اجمل تكوين عرفت 
 
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* تنويه عن رائعة الشاعر الفريد محمد آدم
"انا بهاء الجسد واكتمالات الداءرةً "
( الدار للنشر/القاهرة-٢٠٠٦)
** تعبير مطلق من ابداع محمد آدم
احمد حموده 
العشق في معبد العدم 
جميع الحقوق محفوظةً
حورس ناشر-٢٠١٧
 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 13:51
Mahler ouvrant la porte à Rodrigo *

 

Le 5 juillet 2016, veille du souvenir du décès de Joaquin Rodrigo, le disquaire La Quinta de Mahler à Madrid  présentait une version de certaines des oeuvres du génie espagnol: Fantasía para un gentilhombre, el Concierto para una fiesta ainsi que l'inévitable el Concierto de Aranjuez, le tout gravé sur un nouveau disque du jeune guitariste espagnol, Pablo Sáinz Villegas, accompagné par l'Orchestre national d'Espagne**

 

Existe-t-il un quelconque hasard à célébrer Rodrigo chez Mahler ? Aucun. Et si Mahler ouvrait la porte de l'éternité à Rodrigo; l'un et l'autre faisant partie de notre émotionnel collectif à travers les temps?!!
 

La musique de Gustave Mahler est traversée  par une multitude d'émotions, de la pure sérénité aux abîmes de l'infinie tristesse. Elle touche l'universel par le biais de l'expression individuelle de la passion, du regret, de la perte. Cependant, elle rejoint la musique de Rodrigo dans ce que cette dernière exprime dans toute sa splendeur: l'expression du sentiment individuel dans son  rapport à l'espace, à l'endroit, au temps qui s'enfuit ,nous laissant une trace de nostalgie qui nous lie au moment présent. Deux mondes qui se rejoignent, pour notre bonheur? Faudrait le croire!

 

Mahler exprime une individualité hors pair faite d'émotion, de regret et de réflexion. Rodrigo place son émotion au cœur d'une déclaration universelle d'amour à la personne aimée, à l'endroit, à la famille, au pays. Mahler touche au romantique pur, à l'homme, seul, face au monde. Rodrigo célèbre l'homme, entouré par une variété d'émotions musicales, en harmonie avec le monde, embrassant ce dernier. Mahler, le solitaire;Rodrigo l'humain pluriel. Mahler ouvre la porte à Rodrigo? Que du bonheur, musical ! Penser à Mahler en écoutant Rodrigo. Une beauté insoupçonnée...

 

Souligner cette singulière complémentarité entre deux musiques, deux mondes qui n'étaient pas sensés se rencontrer. Aucune étude digne de ce nom n'a encore été effectuée sur la dynamique lyrique de la musique de Rodrigo, riche de leçons d'expression, de retenue et de contrastes. Tout le contraire pour Mahler. Il suffit de se tourner vers Rodrigo le Castillan dans ses premières oeuvres pour s'acheminer vers Rodrigo l'Andalou, bien avant la seconde partie de sa vie. Rodrigo le méticuleux, le concis, le précis de ses premières oeuvres pour piano et violons qui évolue vers Rodrigo le fastueux, le généreux et l'émotionnel, dans ses oeuvres pour guitare,harpe, flûte et orchestre et j'en laisse certes échapper plusieurs autres facettes musicales .Mahler, par contre, oui. Il suffit de revoir le Chef d'œuvre de Luchino Visconti, Mort à Venise (1971) d'après l'œuvre de Thomas Mann pour bien apprécier l'œuvre de Mahler; la Quinta ... en espagnol. 

 

J'ai beaucoup regretté, à  titre personnel, que la musique de Rodrigo ne soit pas utilisée par le regretté Raoul Ruiz pour son film, le Temps retrouvé (1998). Une autre sublime rencontre, mais hélas ratée.... Retrouver le Temps pour parvenir à mieux le raconter, toute la destinée de l'Art est là.

 

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 * Extrait du Temps perpétuel -Alex Caire-2017

**  La Orquesta y Coro Nacionales de España presenta el cuarto lanzamiento de su sello discográfico, dedicado en esta ocasión a los conciertos para guitarra de Joaquín Rodrigo, interpretados por el guitarrista Pablo Sáinz Villegas y la Orquesta Nacional de España dirigida por Juanjo Mena. El CD incluye el Concierto de Aranjuez, la Fantasía para un gentilhombre y el Concierto para una fiesta

 

 

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 13:00
Rosetta* Vangelis ... La IVème dimension ?

 

Le 14 septembre 1822, Jean-Francois Champollion, " déchiffreur d'hiéroglyphes", cria: " je tiens mon affaire », puis tomba dans le coma. Il venait de déchiffrer l'écriture des anciens égyptiens sur la pierre de Rosette. Cette découverte donna naissance à l'égyptologie. Alors que la sonde Rosetta de l'Agence spatiale européenne atterrit aujourd'hui 30 septembre sur sa cible finale, la comète Tchouri, alias 67P/Tchourioumov-Guerassimenko, Vangelis lança "sa" Rosetta le 23 septembre dernier, illustrant en musique cet exploit spatial.

Parler de Vangelis en 2016 semble plus que superflu. Que dire après tant de controverses à l'égard d'une oeuvre si iconoclaste ? Vangelis tutoie les étoiles, la gloire, l'éternité ? Je suis persuadé qu'il s'en moque et laisse les autres parler et écrire sur lui et sur son oeuvre. N'a-t-il pas déclaré à la BBC, en 1982, que pour le connaître, il suffirait d'écouter sa musique?. Rosetta, son dernier (chef d'œuvre... un mot tant galvaudé) opus vient de frapper à nos portes avec, toujours, cette question entêtante. Que veut-il encore nous dire? Lui qui raisonne seulement avec la modestie du son; lui qui pense que la musique est tout, mais surtout une maille invisible de sons.

 

Concrètement, Rosetta a l'allure de quoi ? De tout ce que Vangelis a conçu depuis 1976. Les puristes vont bondir ! Mais bon, tout Vangelis est là. Il suffit de "se livrer" à l'écoute, bien qu'il est quasi impossible de décrire en mots cette pure expression musicale: "Origins" se lance et nous lance sur la piste de "Spirale". "Starstuff" nous replonge 20 ans en arrière, le temps de "Oceanic", comme si l'espace et le monde aquatique ne font qu'un chez cet étrange créateur. "Infinitude" nous ramène en "1492", sur le chemin du retour de Christophe Colomb. "Exo Genesis" renoue avec "Chariots of Fire", sa symphonie de 1981, avec un éclair rageur vers "Unvisible Connections". Ensuite, "Celestial Whispers" fait son apparition. Quels soupirs célestes! Si le ciel pourrait nous le dire, il en parlerait. Étonnante source de sons ou la clarté se fait reine. La séquence "Albedo 0.06" traduit la perspective de la réflection solaire sur la terre ,vue de la sonde .... Inconcevable, quand on sait que le précédent "Albedo"(solaire/ terrestre) de Vangelis se décline à 0.39 Et puis vint la séquence reine de l'album, "Sunlight": une fontaine de jouvence où la beauté du rayonnement solaire est exprimée au comble de sa majesté. Du bonheur pur. Au point que j'en oublie le reste de l'album; sauf "Return to the Void", séquence surprenante où Vangelis semble nous rappeler que nous ne sommes que des constellations éphémères dans l'espace.

 

Vangelis: 73 ans, plus de 50 albums originaux et toujours transmettre à son public cette impression d'auditeur étonné. Est-il possible de concevoir un tel dynamisme créatif qui se perpétue avec le temps? Avec Rosetta, Vangelis n'a pas seulement franchi la barrière du son cosmique, mais celle de l'invisible. Il atteint l'infranchissable souveraineté de l'expression musicale. Il rejoindrait bien Champollion, courbé sur sa pierre de Rosette, dans cette éternelle quête de l'innovation. Champollion serait certes surpris de connaître Philae, l'attérisseur "intime" de Rosetta, Osiris, sa caméra principale ainsi que Ma'at, sa" zone de crash" sur la comète Tchouri. Vangelis franchit les barrières de l'éternité avec gravité et surtout avec grâce. On reste souvent muet devant ce foisonnement de sens; ce foisonnement de sons. L'aventure de Rosetta ainsi exprimée, elle incarne la majesté dans la grâce.

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Alex Caire

Extrait- Le Temps perpétuel- 2016

* Rosetta- Vangelis / Decca-2016 (Multisupport)

 

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 10:00
Le fil invisible entre humilité et éternité
"J'emporte avec moi la conscience de ma défaite comme l'étendard d'une victoire",écrivait Fernando Pessoa, l'immense et humble écrivain portugais, dans son "Livre de l'intranquillité".

 

Si le Portugal est aujourd'hui sur toutes les lèvres, ce n'est pas seulement grâce à son équipe de football qui est devenue Championne d'Europe 2016, décrochant la toute première médaille d'or de son histoire; mais parce qu'elle l'a faite dans la dignité et dans l'humilité, en battant la France, chez elle, au Stade de France. Pourtant, la dernière victoire du Portugal face à la France remonte à 1975. Pendant toute cette période, la France a triomphé du Portugal 10 fois. Des chiffres qui poussent plutôt à l'humilité.

Grand pays du football, patrie d'Eusebio, de Figo et de l'inévitable Cristiano Ronaldo, le Portugal a traversé cette compétition avec dignité, mais surtout avec humilité. Pourtant la France, entre favoritisme, chance et vantardise bien gauloise,échoua, en finale, à quelques centimètres du poteau du goal portugais qui a sauvé son équipe à maintes reprises décisives. Le France a pêché par orgueil, comme à son habitude, lors des grandes échéances, surtout celles qu'elle organise chez elle. Gagner en 2016, après 1984 et 1998, n'avait nullement valeur de prescription ni de fatalité. Bien de failles ont été constatées lors des premiers matchs de l'équipe de France: défense fragile, milieu hésitant, attaque disproportionnée eu égard aux compétences réelles des titulaires. La France a réussi à se qualifier pour la finale grâce au travail de son coach, à des talents individuels, remarquables certes mais pas assez suffisants pour former une grande équipe; et n'oublions pas, grâce à une dose de favoritisme et des complaisances arbitrales lors du match France/Allemagne. Ce patchwork ne saurait forger un champion d'Europe. Par contre, le Portugal est entré, avec dignité et beaucoup d'humilité, dans l'histoire du football mondial. L'équipe portugaise n'a finalement pas eu besoin de génie. Son travail, sa dignité et son humilité l'ont portée vers l'éternité, sur les pas de Pessoa.

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Extrait

Le Temps perpétuel

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 09:00
L'Inquiet - Miguel Gomez
L'Inquiet - Miguel Gomez
L'Inquiet, première partie du film fleuve, pas très tranquille, de Miguel Gomes, réalisateur portugais de son état​
Shahrazad raconte les inquiétudes qui s'abattent sur le pays : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays où l'on rêve de baleines et de sirènes, le chômage se répand. En certains endroits la forêt brûle la nuit malgré la pluie et en d'autres hommes et femmes trépignent d’impatience de se jeter à l'eau en plein hiver. Parfois, les animaux parlent, bien qu’il soit improbable qu’on les écoute. Dans ce pays où les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être, les hommes de pouvoir se promènent à dos de chameau et cachent une érection permanente et honteuse ; ils attendent qu’arrive enfin le moment de la collecte des impôts pour pouvoir payer un dit sorcier qui… ». Et le jour venant à paraître, Shahrazad se tait.
Il aura fallu attendre 89 minutes (sur 127, la durée du film) pour suivre les premières notes de Korsakov en visionnant ces étranges paysages gris néanmoins banales de la vie au Portugal de nos jours: pauvreté, rage silencieuse, impuissance et surtout mélancolie ruisselant comme des eaux de pluie. Port de Lisbonne a l'aune d'une aube morne, dockers et badauds attendant du travail , hangar ou des voisins ne font que discuter autour d'un coq qui chante surtout la nuit , vendanges sous la pluie, des pompiers qui s'agitent, des champs ravagés par les incendies; ces feux qui ravagent tout sous un ciel gris, malgré un arc en ciel a l'horizon, un bateau qui navigue sur le Douro, suivi d'un autre, au rythme de la musique de Korsakov qui s'anime, entre autres monologues a mourir d'ennui ...
(Que font les portugais, au fait, dans ce film (dans la vie) à part discuter ?)
Une scène loufoque mais probablement la seule a dire long sur l'état du pays. Le Premier ministre portugais peine, son équipe à l'appui, a s'entendre avec une délégation de créanciers qui ne veulent rien savoir, à part faire payer leur débiteur. Un africain surgit de nulle part, parlant français uniquement, un sac de jutte sur la tête , tenant une faucheuse en forme de branche d'arbre moisie. Il leur suggère qu'ils sont tous devenus impuissants à force de bidouiller de la politique et qu'ils peinent à satisfaire leurs femmes. En guise de remède, il leur offre un spray à vaporiser sur leurs parties intimes. Ainsi tous les hommes sont pris d'une crise de priapisme aigu pendant des heures; une crise qui ne paraissait pas prête de s'estomper. Le mage africain disparaît. Aucune antidote n'est trouvée. Cherchez le symbole !
Il serait vain voire hors de propos de rapprocher ce film du merveilleux film de Raul Ruiz, "Mystères de Lisbonne" (2010) ou de son chef d'œuvre "Le Temps retrouvé" (1998); bien que certains plans de Gomez font penser à son illustre prédécesseur.
Mosaïque d'images et de situations qui défilent a un rythme quasi documentaire. Chercher lePortugal qui nous a habitué à sa version carte postale? A mille et un lieux de ce film ( ce n'est que la première partie, "l'Inquiet" ) qui se veut poétique bien que trop collé à la réalité âpre de tous les jours ...
Pour un inquiet, c'est plutôt un inquiet cool, flasque, à la portugaise. Attendons plutôt la suite, mon cher Marcel**; à savoir "Le désolé" et "L'enchanté",tout un programme ..en Lusitanie.
Alex Caire
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Extrait - Le Temps perpétuel
* Mille et une nuits - l'Inquiet ( Première partie ) - Film de Miguel Gomes - 2015. Le film dans son intégralité a été présenté à la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes
** Marcel Proust, écrivain français, auteur de " A la recherche du temps perdu"

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 10:00
Yachine, la Panthère noire

Yachine, la Panthère noire

Un proverbe arabe incitant au respect des mères dit que le Paradis est aux pieds des celles-ci …

Et si le paradis était aux prises des portiers ?

Quel portier n’avait-il pas sauvé son équipe de la défaite, éloigné une disqualification ou une relégation en ligue inférieure ?

Citons plutôt Howard, le numéro 1 américain, qui a effectué 15 arrêts décisifs en 120 minutes devant les Diables rouges de Belgique mardi 1er juillet , lors du dernier match des huitièmes de finale de la Coupe du Monde en cours. Mais justice ne serait faite si on ne salue pas Thibaut Courtois, le portier belge, souverain du haut de ses deux mètres, un des meilleurs gardiens du monde selon Oliver Khan, consultant et ex-portier allemand de son état.

A quelques matchs de la Finale, cette édition de 2014 serait à marquer d’une pierre blanche: celle des gardiens bénis, en phase et avec le jeu et, fait marquant ,maîtrisant les enjeux que leurs équipes ont affrontées.

Que nous dit le passé ?

L'histoire du ballon rond s'est longtemps gaussée des exploits de portiers historiques.

Admirez plutôt. Lev Yachine le soviétique, pour ne pas dire le russe, Gilmar, la légende brésilienne, vainqueur de deux Coupes du monde et meilleur gardien brésilien de tous les temps, oeuvrant derrière le roc Djelma Santos et l’inégalable Pelé, Gordon Banks le gentleman Goolkeeper de la grande équipe d'Angleterre 1966. Exception faite de Harald Schumacher, bourreau de l'équipe de France en 1982, cette kyrielle de héros ne serait pas complète sans l’italien Dino Zoff, soulevant la Coupe du monde de 1982 .... à 40 ans passées !

Mais on sublime trop les gardiens sur le moment pour les oublier trop vite ! Pourtant, c’est une évidence. Dernier rempart de son équipe, le gardien la sauve souvent mais ne marque jamais ( sauf de rares penalties, et encore ). A-t-on vu un gardien ballon d'or, à part l’indéboulonnable Yachine, ballon d’or en 1963, le gardien ayant le meilleur ratio de matchs officiels sans encaisser de but de l'histoire du football devant l'espagnol Casillas et célébré en 1999, 10 ans après son décès, comme meilleur portier de tous les temps ?

Et maintenant ?

Ne nous privons pas du plaisir à rendre hommage à Guillermo Ochoa, le portier mexicain qui a été plus que décisif contre le Brésil et contre le Pays-bas. Inoubliables aussi, les parades du magicien Enyema, rempart du Nigéria contre la France en 8ème de finale; sans oublier la maitrise de M’Bohli, le Rais algérien, impassible devant les canonniers de la Mannschaft.

Et si dans la foulée on est tenté d'excuser Casillas, sur le déclin, ou Bufon pour sa modeste performance, l’Allemand Manuel Neuer demeure le gardien le plus accompli en ce moment.

Le Paradis est-il entre les mains des gardiens ? Oui, sans doute ! Leurs mères ont bien mérité un tel hommage millénaire

Alex Caire

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Extrait - le Temps perpétuel

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 13:52

http://medseib.mondoblog.org/files/2013/07/2013-01-25-egypte1.jpg

 

"L'Egypte, entre deux avenirs" est dédié à l'âme et au souvenir du cinéaste Youssef Chahine, réalisateur, entre autres, de "l'Aube d'un jour nouveau" ( 1964)

 

 

Étrange coïncidence. Le musée Jacquemart-André à Paris a clôturéson exposition, le Crépuscule des Pharaons, le 23 juillet 2012, jour  de la célébration en Égypte de la révolution des officiers libres de 19521.

 

Quel sens a porté pendant ces deux dernières années une date si chargée de symboles ? L’Égypte a attendu presque 60 ans pour mener sa deuxième révolution qui, à la différence de celle de 1952, porta au pouvoir Mohamed Morsi, membre de la confrérie des Frères musulmans, sous l’œil plus que circonspect des militaires qui ont partagé ce pouvoir avec lui.

 

Quelle révolution ?

Une fois les dés jetés, diverses franges du peuple égyptien redoutaient le nouveau régime, à commencer par les coptes qu'il ne faudrait minorer l’importance, tant qu'ils représentent 12% de la population de ce pays qui compte environ 84 millions d’âmes. Des intellectuels, pour ne pas dire des libéraux, et parmi eux nombre d'artistes, quittèrent le pays. Les médias officiels se faisaient rassurants bien que sur la toile plusieurs sites décortiquaient faits et gestes du frère Morsi qui, faute d’initier un plan d’action concret, entama son mandat par amadouer l’Arabie saoudite, l’Iran et le Hamas. La presse, les médias locaux et quelques médias internationaux commentèrent l’évolution de la situation qui n'occultait guère le gouffre économique où gît le pays. Le niveau des réserves de la Banque centrale égyptienne est passé de 36% à 15% en une seule année. Et la Révolution continua.

 

Quelle révolution ? Et ces millions d'enfants et d'exclus qui attendent toujours un traitement médical décent, un salaire pour le moins correct ou une éducation scolaire non frelatée par la corruption, avaient-ils besoin d'une révolution permanente ? Qui les aide ? Je ne crois pas que les ONG gérées par quelques midinettes de la bourgeoisie égyptienne du Jazzera Club du Caire ou les projets caritatifs de quelques privilégiés allègent la souffrance du vrai peuple. Il  serait ridicule de suivre les débats, dits contradictoires, de la chaîne Al’Jazira, sachant que nombre de mouvements radicaux en Égyptesont financés par le Qatar ! Et les femmes ? Sont-t-elles sorties travailler et participer à la vie du pays ou sont-t-elles restées confinées dans le rôle de gardiennes voilées de familles  nombreuses ?

 

Quel débat ?

 

Le moment est venu pour se demander quel avenir aura l'Égypte dans les quelques années à venir dans le cadre d'un débat crédible qui proposerait  des solutions réalisables. Le nombre de problématiques qui cernent le pays est en soi accablant. Quant commencera la reconstruction ? Ouvrir les chantiers vitaux, quitte à nettoyer des plaies qui saignent toujours !

 

Àcommencer par la nouvelle Constitution et les libertés citoyennes, les oulémas n’avaient point de compétence pour rédiger un tel document crucial. Leur opinion n’avait qu’une valeur indicative, puisque l’Égypte est un pays multiconfessionnel. Cette tâche incombera toujours  aux juristes qui sont au fait des vrais problèmes. Quant à la liberté des cultes, il faudrait se référer à la situation d’avant 1952 pour prendre la mesure de la situation. Vient ensuite le rôle des militaires, 40% de l’économie locale. Leur mission de cordon sécuritaire est inévitable. Le gouvernement actuel souffrira d’une longue et délicate cohabitation  jusqu’à l’application de la nouvelle constitution et la tenue des futures élections. Le bilan de la santé publique est catastrophique. Les cliniques privées qui ont pignon sur rue excluent davantage des populations déjà marginalisées par la pauvreté et par le chômage. Construire de nouveaux centres médicaux publics est indiscutable. L’argent ne manquerait pas si le gouvernement imposait une taxe sur les banques d’investissement et les agences de change. Il suffirait que le secteur privé y participe. Quant au bilan  de l’éducation nationale, il n’est guère brillant ; 30 pour-cent de la population ne sachant ni lire ni écrire. 

 

Que nous dira Alaa Al'Aswani2 avec sa perpétuelle verve révolutionnaire qui rappelle un militant de gauche des années soixante ? Où se trouve Boutros Boutros Ghali3 et pourquoi garde-t-il le silence, comme d'ailleurs nombre d'égyptiens  vivant à l’étranger ?Àpart ses déclarations d’intérêt général, Farouk El’Baz4ne propose rien de nouveau, lui qui avait énuméré des priorités d’action depuis une quinzaine d’années? Suffirait-t-il d'honorer un cinéaste égyptien au Festival de Cannes de 2012 pour prétendre que le courant postrévolutionnaire France-Egypte passe toujours quand on devine le silence du pouvoir socialiste en France et le prestige dont jouit la présence culturelle française enÉgypte? Youssri Nasralla5 n’est pourtant pas Youssef Chahine6 qui a passé la moitié de sa vie à guerroyer avec la censure d’état tant ses films sont frappants d’une vérité que personne ne voulait voir en face. Chahine le visionnaire ne pratiquait ni de collage ni de superposition de scènes pour faire vrai.

 

 

Des signes d’espoir

 

L’héritage de l’ère Moubarak est certes lourd de conséquences pour l’avenir d’un pays qui n’a pratiqué l’exercice démocratique que récemment et dans la douleur. L’inertie bureaucratique, la résistance au changement et la corruption sont des maux bien ancrés dans la vie quotidienne. Cependant, un point d’honneur distingue ce pays, l’absence de la fibre sanguinaire dans la personnalité égyptienne profonde ; à savoir cette faculté innée de patienter face à l’adversité, de réfléchir et d’éviter  le recours systématique à la réparation de l’injustice par le sang. Il suffit pour s’en convaincre de suivre les réalités de la rue en Iraq ou en Syrie pour constater que la scène dudit Printemps arabe n’a produit que le chaos et la montée des extrémismes ; même si la Tunisie et la Lybie entrevoient à peine le chemin de la pacification sociale. Il ne suffit pas de se révolter pour détruire mais se révolter pour ériger un lendemain décent et viable.

 

Une issue salutaire existe, le concordat social. Un effort  constant pour informer et persuader la conscience égyptienne que les urgences du pays passent avant une personnalité, une autorité ou un parti politique donné: la santé, l'éducation, l'industrie à restaurer, la lutte contre le désertification, les défis de l’eau, l’équilibre des forces dans une région agitée, le cordon sécuritaire que maintient l'armée et surtout la paix sociale qui concerne la société toute entière. Il  ne sert à rien de secouer le drapeau de l'Islam qui résoudrait tout. Le problème n'est pas celui de la foi mais celui de la capacité de tout égyptien à se relever et travailler au lieu de détruire et brûler. Se regarder en face, regarder le monde autour de soi et agir. Un plan d’action, pas des luttes de pouvoir qui rappellent  les incidents d'Alexandrie de 19547!

 

L’Égypte parviendra-t-elle à éviter un crépuscule prévisible ou serait-t-elle à l’aube d’une ère porteuse d’espoir ? L’Islam ne serait la seule solution de l’Égypte du XXIème siècle. Le gouvernement de Morsi a agi avec la légendaire ambiguïté des Frères. Le peuple l’a attendu au tournant ; mais Morsi n’a pas encore répondu des ces actes. La révolution a aggravé une situation déjà désastreuse. Le peuple attend toujours des solutions.

 

 

Et maintenant, presque 3 ans après ?

 

L’Egypte aurait-t-elle un avenir ? Et quelles seraient les perspectives de cet avenir vue sa conjoncture actuelle ?

 

Le régime de Morsi n’a-t-il pas raté sa mission, pourtant urgente, de  garantir le pain, la sécurité, l’emploi, l’éducation et le traitement médical à l’égyptien de base, broyé par la misère et le désespoir ? A cette question, le peuple égyptien a donné une réponse sans appel en déposant Morsi, pourtant venu au pouvoir par les urnes, livrant du même coup les clés à l’armée avec l’avènement du gouvernement transitoire actuel. L’armée, revenue en force au cœur de la crise, a fait preuve d’une prudente maturité dans ce climat de tension sociale et de chaos économique. Comme l’heure n’est plus à l’autocratie mais plutôt à la consultation, il  est devenu évident que le temps du général Al’Sissi ne serait plus celui, révolu, de Gamal Abdel Nasser et que le rôle de l’armée ne serait limité à maintenir l’ordre et pourchasser les criminels, se substituant ainsi à celui des forces de l’ordre.  

 

Ainsi, est il désolant de constater que la colère populaire qui a engendré la révolution de janvier 2011 et sa suite de juillet 2013 trouve encore toute sa raison d’être avec l’amenuisement de l’expression démocratique, l’effondrement des systèmes de la santé, de l’éducation et du logement populaire, le déclin du tourisme ainsi que le tarissement des ressources  avec le gel des grands investissements et la paralysie du secteur immobilier. Désemparés suite à l’internement de leurs dirigeants qui a suivi  la violence qui régna dans le pays après l’arrestation de Morsi, les Frères musulmans gardent le silence. L’Egypte affronte un phénomène inédit depuis 1919 : le départ de centaines de familles coptes cherchant refuge et sécurité à l’étranger. Un phénomène inquiétant qui contraste avec la nature historiquement tolérante du peuple égyptien.

 

Malgré les apparences d’un retour à la normalité, force est de constater que le pays traverse toujours un passage délicat de son histoire ; ce qui impose à tous les égyptiens la valeur capitale du dialogue et surtout la vertu d’admettre les critiques constructives afin d’extirper le pays de cette situation et parvenir par la suite à élaborer un projet pour son avenir dans ce siècle chargé de tensions à tous les niveaux. Je suis convaincu que davantage de confiance devrait être  accordée à la jeunesse égyptienne ; comme l’avenir de la paix sociale en Egypte dépend avant tout du règlement du conflit religieux et juguler l’extrémisme. L’Egypte a besoin plus que jamais de la reconnaissance de la valeur de tous les égyptiens et non au recours à la violence pour faire  prévaloir une opinion sur une autre. Que fera la jeunesse égyptienne afin que sa révolution ne soit reléguée aux yeux de l’histoire au rang de simple révolte; à moins que le 25 janvier 2011 ne deviendrait un simple jour férié comme le 23 juillet 1952 ? L’histoire nous le dira.

 

Ahmed Hamouda *

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1) Commandant des officiers libres, le général Mohamed Naguib mit fin le soir du 23 juillet 1952 au règne de Farouk 1er, roi d’Égypte, à la suite de quoi la Première république d’Égypte fut proclamée

2) Alaa Al’Aswani, romancier égyptien, auteur du best-seller l’Immeuble Yacoubian qui fut porté à l’écran égyptien et connut un  grand succès

3) Boutros Boutros Ghali, éminent diplomate égyptien, ancien Secrétaire général de l’ONU, ancien Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie après avoir été Ministre d’État des Affaires étrangères sous Anouar El-Sadate

4) Farouk El’Baz, scientifique américano-égyptien  et éminent géologue de l’espace

5) Youssri Nassralla, cinéaste égyptien

6) Youssef Chahine, grand cinéaste égyptien, Palme d’or du Festival de Cannes 1997

7) Lors d'une réunion politique en Alexandrie en 1954, des coups de feu ont été tirés dans la direction de Gamal Abdel Nasser, fraîchement élu Président de la République égyptienne au lendemain de la révolution des officiers libres en juillet 1952. Une vague d'arrestation et de séquestration arbitraire s'en suivait parmi les rangs des Frères musulmans, à la suite de quoi une interdiction formelle de ce mouvement a été décidée. Aucune preuve n'a été établie à ce jour prouvant l'implication de ce mouvement  dans cet attentat.

 

* Poète, éditeur francophone d’origine égyptienne, ancien diplomate onusien

 

 

 

 

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