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  • : Expression poétique / Inédits / Chronique littéraire et sociale / Extraits: Le Temps perpétuel; Sanctuaire du temps (AR); Sérail; Verdict ; Insolent
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5 février 2022 6 05 /02 /février /2022 21:00
 
“ Lors de notre première rencontre, tu m'avais déjà confié, esquissant un de tes sourires rétrécis, que tu partirais un jour vers un lieu que tu ignores, que tu serais pour moi sur la liste des abonnés absents; moi qui se réjouissait à peine de t'avoir trouvée ... Que tu me laisseras toujours te retrouver.
 
Depuis ce moment, j'ai commencé à t'écrire sur mes journaux, entre les pages de mes livres, sur les bouts de mes factures impayées, entre mes notes électroniques, sur mes carnets de brouillon d'adolescent en secondaire, partout; histoire de se retrouver avec toi. Dès que ton téléphone ne répondait plus, je partais t'écrire, je partais dans mon souvenir, je partais à ta recherche ....
 
Sur un ton chagriné mais néanmoins lucide, un ami responsable d'une publication parisienne essentielle me confia un jour de décembre que les gens ne lisaient presque rien vers la fin de l'année, en début d'année, avant les vacances, pendant les jours fériés. Ils ne liront plus rien dans un futur proche, devenus si habitués aux contenus instantanés de la toile où n'existe aucune mise en perspective, aucune réflexion, aucun recul, rien ! Eh bien, ceci me conforta dans mon idée de t'écrire, de rassembler tout ce que j'avais en moi et te le dire, le jeter par dessus bord, une bouteille dans un océan inconnu ...

2046 - Wong Kar Wai - 2004*

 
Ces mots que tu ne liras pas, que tu ne liras jamais sont devenus un arbre puis une forêt toute entière où tu t'es réfugiée de moi. Une forêt de mots, une forêt de jours et de nuits, une forêt de souvenirs. Une forêt de colère froide contre le temps qui passe, le temps qui se perpétue avec et sans nous, mais surtout sans nous ..... Le temps que nous croyons pouvoir maîtriser mais qui se dérobe en se moquant cyniquement de tout ; ce temps qui décharne ces souvenirs que nous essayons durement d'accrocher à nos murs aveugles;
 
Je partais t'écrire pour revivre ce temps passé sans toi, perpétuelle voyageuse hors du temps qui se perpétue; le temps qui se perpétue sans toi. Seule lumière dans cette dense opacité du temps: l'espoir de te voir resurgir d'un coin de rue, d'une émission télé, d'un courriel égaré, d'un coup de fil extirpé d'un moment de détresse, d'un wagon restaurant désert, d'un spot publicitaire inattendu ou dans le hall d'arrivée d'un quelconque aéroport anonyme, étrangère débarquant dans un pays étranger ..
 
Je me suis ainsi habitué à te porter en moi, non seulement dans mon souvenir, mais également dans mes bagages. Un butin dérisoire: une photo dans mon portable accrochée à un numéro de téléphone qui ne répond jamais, un string noir qui porte encore l'odeur ultime de ton sexe et puis ce rien qui t'impose partout où je vais, ce rien insupportable , ton absence ...

La Femme d'à côté - François Truffaut - 1981

 
Je me rappelle les quelques mots que tu me disais lors de notre dernière rencontre, à Marrakech, dans un café narguilé niché nulle part, sous une chaleur d'enfer, un moment où le temps semblait se réfugier quelque part, de peur de fondre au soleil. Tu griffonnais d'une main agitée un texte bref, un poème, une larme perdue sous un déluge de pluie ":
 

« Il n’existe un jour qui passe sans sentir ton souffle remonter à mes lèvres

Ton absence t’impose telle une source d’eau, masquée d’ombres, dans un jardin andalou

L’aurore se voile d’un reflet ocre, cannelle, jasmin maure, ambre d’amande 
 
Le temps se fige avant de s’envoler, rieur
 
La nuit s’égare, revient, retrouve ses racines dans tes yeux
 
L’été s’agite dans ton rire
 
Le croisement de tes jambes, belles, altières
 
Tes seins, imprévisibles oisillons rebels
 
Un baiser assoiffé au toucher de tes lèvres
 
Miracle qui jaillit de ce lointain étrange
 
Un Orient neuf où notre amour prend naissance ... »
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Introduction
Le Temps perpétuel
Alex Caire - 2022
 
* Dans son film 2046, sorti en 2004, Wong Kar Wai eût cette délicatesse, en hommage à François Truffaut, d'insérer un extrait de la musique du film Vivement Dimanche (1983) du réalisateur français, musique conçue par Georges Delerue ...
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J'ai toujours aimé le monde de François Truffaut auquel j'ai toujours voulu consacrer un essai assez subjectif mêlant des bribes de son écriture cinématographique à certains détails marquants de sa vie. Je ne l'ai pas encore fait; le ferais-je un jour ? ...
 
La plupart des sujets des films de Truffaut touchent directement à mon questionnement sur ce thème crucial et bien fuyant: l’amour. Comme nous ne saurons jamais pourquoi nous aimons certaines personnes et, malgré tout, nous ne les oublierons jamais, j’ai préféré évoquer l’œuvre de François Truffaut en mettant en perspective une autre personne, une femme en voyage. Quoique invisible, elle est bien fuyante, comme une femme que j’ai aimée jadis, comme la mère de Truffaut, comme l’amour dans ses films, c’est à dire  la vie. Ma vie, nos vies.
 
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