Écrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure.
Roland Barthes, Sur Racine ,Seuil - 1963
Mon élue décline toutes les nuits des pans de sa beauté, obstacle entre elle et le temps.
Impassible à son effet, elle évolue, dans des pas de ses pieds splendides, portant son parfum visible, dans des chemins pavés de désir et bordés d’indifférence.
Quand elle ressent ma présence, ses lèvres esquissent un sourire qui scinde la nuit d’un rayon de lumière qui me rappelle son voyage en moi et l’approche de l’aurore de nos corps apaisés.
Et quand le sommeil lui résiste, l’insomnie vient jeter sur son corps élancé unique un voilage d’inquiétude ou se perdent des mots de possession et des prières d’amour, quand elle s’avise de retenir la nuit et séquestrer les moments ou l’obscurité se réfugie dans les premières lueurs de l’aube, espérant rattraper le temps qui passe hors de son univers imprenable, chargé de senteurs de vie.
Inédit
Extrait de Sérail
Alex Caire
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Horus Editeur - 2005
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